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Fiscalité et Droit

Droits d’enregistrement et mutation immobilière : le coût fiscal d’un achat au Maroc

4 % de droits d'enregistrement, conservation foncière, notaire : le détail des frais fiscaux d'un achat immobilier au Maroc et les exonérations possibles.

Mis à jour le 20 août 2026 12 minutes de lecture

Vous avez trouvé l’appartement idéal. Le prix affiché est de 1 million de dirhams et, sur le papier, votre financement semble tenir la route.

Puis le notaire vous présente le décompte final.

Et là, surprise : le million de dirhams n’est pas réellement le montant dont vous avez besoin.

Au Maroc, l’achat d’un bien immobilier entraîne plusieurs frais supplémentaires : droits d’enregistrement, conservation foncière, honoraires du notaire et, selon les situations, d’autres frais liés à l’opération.

C’est un détail que beaucoup d’acheteurs découvrent trop tard.

Pourtant, ces frais devraient être calculés avant même de signer un compromis de vente, car ils peuvent représenter plusieurs dizaines de milliers de dirhams.

Les points essentiels à retenir

  • Pour un logement construit, les droits d’enregistrement sont généralement de 4 % du prix ou de la valeur retenue pour l’opération. Les terrains nus relèvent notamment d’un taux de 5 %.
  • La conservation foncière ajoute notamment un droit de mutation de 1,5 %, auquel peuvent s’ajouter des droits fixes et d’autres frais selon la formalité.
  • Les honoraires du notaire s’ajoutent à ces taxes et droits et sont calculés selon un barème ; il faut donc demander un décompte précis plutôt que retenir un pourcentage approximatif.
  • Les frais d’acquisition ne sont pas identiques pour un appartement, un terrain nu, un local professionnel ou une opération bénéficiant d’un régime particulier.
  • Le vendeur supporte de son côté l’impôt sur les profits fonciers, souvent appelé TPI, lorsqu’une plus-value immobilière est imposable.

Le prix du bien n’est que le début

Imaginez que vous achetiez un appartement à Casablanca pour 1 000 000 DH.

Votre premier réflexe sera probablement de penser : « Il me faut un million de dirhams. »

En réalité, il faut plutôt raisonner en budget global d’acquisition.

Pourquoi ? Parce que l’achat entraîne des droits et frais qui ne sont pas compris dans le prix de vente.

Pour un logement construit, les seuls droits d’enregistrement représentent déjà 40 000 DH sur un prix de 1 million de dirhams.

À cela s’ajoutent la conservation foncière, les honoraires du notaire, la TVA applicable à ces honoraires et différents frais administratifs ou de dossier.

C’est pourquoi retenir une enveloppe indicative de 6 à 7 % ou davantage selon le dossier peut être utile pour préparer son budget, mais il ne faut surtout pas transformer cette estimation en règle universelle.

Le bon chiffre est celui du décompte établi pour votre propre transaction.

Les droits d’enregistrement : 4 % pour un logement construit

C’est généralement le premier gros poste à prendre en compte.

Pour l’acquisition de locaux construits à usage d’habitation, commercial, professionnel ou administratif, le taux de droit d’enregistrement est de 4 %.

Sur un appartement acheté 1 000 000 DH :

1 000 000 × 4 % = 40 000 DH

Mais attention à une confusion très fréquente.

Tous les biens immobiliers ne sont pas taxés à 4 %

Un terrain nu n’est pas traité de la même manière.

Le taux applicable aux acquisitions de terrains nus ou de terrains comportant des constructions destinées à être démolies est notamment de 5 %.

Pour certains biens ou certaines opérations, d’autres taux peuvent également s’appliquer.

Le Conseil national de l’Ordre des notaires rappelle ainsi l’existence de plusieurs taux proportionnels, notamment 1,5 %, 3 %, 4 %, 5 % et 6 %, selon la nature de l’acte.

C’est pourquoi il vaut mieux éviter les phrases du type : « Les frais d’enregistrement au Maroc sont toujours de 4 %. »

Ils ne le sont pas.

La nature exacte du bien et de l’opération compte.

La conservation foncière : le deuxième poste à prévoir

Une fois l’acte établi, il faut également prendre en compte les frais liés à l’inscription de la mutation auprès de l’Agence Nationale de la Conservation Foncière, du Cadastre et de la Cartographie (ANCFCC).

Pour une mutation, le tarif de référence comprend notamment un droit ad valorem de 1,5 %, auquel peuvent s’ajouter des droits fixes et des frais liés à la formalité concernée.

Sur un bien d’un million de dirhams, cela représente donc environ :

1 000 000 × 1,5 % = 15 000 DH

Mais là encore, il ne faut pas réduire la conservation foncière à un simple « 1,5 % et rien d’autre ».

Les tarifs de l’ANCFCC comprennent également des droits fixes et des montants minimums selon la formalité. Le montant exact doit donc apparaître dans le décompte de votre dossier.

Les honoraires du notaire : un coût à ne pas oublier

C’est souvent ici que les calculs approximatifs deviennent trompeurs.

Le notaire ne se contente pas de rédiger l’acte. Il intervient notamment dans la sécurisation juridique de la transaction et dans l’accomplissement de différentes formalités.

Ses honoraires viennent donc s’ajouter aux taxes et droits versés à l’État.

Et contrairement à une idée répandue, il ne faut pas simplement retenir un pourcentage unique applicable à tous les dossiers : les honoraires suivent un barème et doivent être calculés selon la valeur et la nature de l’opération.

À cela peuvent s’ajouter la TVA sur les honoraires ainsi que différents frais administratifs.

Vous voulez éviter une mauvaise surprise ?

Demandez le décompte détaillé avant la signature définitive.

C’est probablement l’un des conseils les plus simples — et les plus utiles — pour un futur propriétaire.

Combien prévoir pour un appartement à 1 million de dirhams ?

Prenons un exemple volontairement simplifié.

Vous achetez un appartement construit pour 1 000 000 DH.

Vous aurez notamment :

Poste Exemple de calcul
Droits d’enregistrement 40 000 DH
Conservation foncière Environ 15 000 DH + droits fixes selon la formalité
Honoraires du notaire Selon le barème applicable
Autres frais Selon le dossier

Les deux premiers postes représentent déjà environ 55 000 DH, avant même d’ajouter les honoraires du notaire et les autres frais.

Voilà pourquoi un acheteur qui dispose exactement de 1 000 000 DH ne devrait pas partir du principe qu’il peut acheter un bien à 1 000 000 DH sans financement supplémentaire.

Le prix de vente et le budget d’acquisition sont deux choses différentes.

Existe-t-il des exonérations ou des taux réduits ?

Oui, mais c’est précisément là qu’il faut éviter les généralisations.

Certains logements ou certaines opérations peuvent bénéficier de dispositifs fiscaux spécifiques, sous réserve de respecter des conditions précises.

Le logement social en est un exemple : certaines opérations bénéficient d’un régime particulier, avec notamment un taux d’enregistrement spécifique. Le Conseil national de l’Ordre des notaires mentionne notamment un taux de 3 % pour la première vente de logements sociaux et de logements à faible valeur immobilière.

Il existe également des régimes particuliers pour certaines donations, certains partages, apports ou opérations de restructuration.

Mais attention : « il existe une exonération » ne signifie pas « j’y ai automatiquement droit ».

Les conditions peuvent porter sur la nature du bien, son prix, son usage, le profil de l’acquéreur ou encore la structure juridique de l’opération.

Avant de calculer votre budget en partant d’une exonération supposée, faites donc vérifier votre éligibilité.

Et si vous achetez un terrain ?

C’est justement un bon exemple de la raison pour laquelle le calcul « prix + 6 % » peut être trop simpliste.

Pour l’acquisition d’un terrain nu, le taux des droits d’enregistrement est notamment de 5 %, et non 4 %.

Et si le terrain est destiné à accueillir une construction, il faut également intégrer dans votre budget les coûts futurs : études, autorisations, architecte, construction, raccordements, éventuels frais de financement, etc.

Autrement dit, acheter un terrain à 800 000 DH ne signifie pas que votre projet immobilier coûtera 800 000 DH.

Le terrain n’est que la première ligne du budget.

Côté vendeur : la fiscalité sur la plus-value immobilière

Jusqu’ici, nous avons surtout parlé de l’acheteur.

Mais le vendeur a lui aussi des obligations fiscales.

Lorsqu’une personne physique vend un bien immobilier avec un profit imposable, elle peut être soumise à l’impôt sur les profits fonciers, couramment appelé TPI.

Le taux de référence est de 20 % du profit foncier net, avec une cotisation minimale qui ne peut, dans le régime concerné, être inférieure à 3 % du prix de cession.

Le calcul n’est toutefois pas aussi simple que :

prix de vente − prix d’achat = plus-value.

Le prix d’acquisition peut notamment être réévalué à l’aide d’un coefficient prévu par la réglementation, et certains frais ou dépenses peuvent être pris en compte dans la détermination du profit imposable.

Et la résidence principale ?

Il existe des exonérations liées notamment à la résidence principale, mais elles sont soumises à des conditions.

Le fait qu’un vendeur dise simplement « c’était ma résidence principale » ne suffit donc pas à conclure automatiquement qu’aucun impôt ne sera dû.

Certaines situations bénéficient d’un régime d’exonération, tandis que des règles spécifiques peuvent également s’appliquer au-delà de certains montants. Le guide fiscal de la DGI précise notamment le traitement de la fraction du prix de cession dépassant 4 millions de dirhams dans certaines situations d’exonération de la résidence principale.

C’est donc un point à vérifier avant la vente, pas après.

Qui paie quoi lors d’une transaction ?

Une autre source de confusion vient de la négociation entre acheteur et vendeur.

En pratique, les droits et taxes ne sont pas tous à la charge de la même partie.

Les droits d’enregistrement liés à l’acquisition sont normalement supportés par l’acquéreur, tandis que l’impôt sur le profit foncier concerne le vendeur lorsqu’il est applicable.

Mais certaines dépenses peuvent faire l’objet d’accords particuliers entre les parties.

C’est pourquoi le compromis de vente doit être lu attentivement.

Ne vous contentez pas de regarder le prix du bien. Regardez aussi qui prend en charge quoi.

Le bon réflexe : demander un décompte avant de signer

Voici une habitude que je recommande particulièrement à un acheteur immobilier : demandez au notaire une estimation détaillée des frais avant de vous engager définitivement.

Pas seulement « environ 6 % ».

Demandez les lignes.

Droits d’enregistrement. Conservation foncière. Honoraires. TVA. Frais administratifs. Éventuels frais liés au financement ou à l’hypothèque.

Vous saurez ainsi exactement quelle somme prévoir.

C’est beaucoup plus rassurant que de découvrir, quelques jours avant la signature, qu’il vous manque plusieurs dizaines de milliers de dirhams.

N’oubliez pas les frais liés au crédit immobilier

Si vous financez votre achat avec un crédit bancaire, les frais d’acquisition ne s’arrêtent évidemment pas chez le notaire.

Il faut également examiner les coûts liés au financement : frais de dossier, assurance emprunteur, garanties et, selon la structure du financement, frais liés à l’inscription de l’hypothèque.

Ces coûts ne sont pas inclus dans le simple calcul « 4 % + conservation foncière + notaire ».

Votre coût total d’achat doit donc être calculé en distinguant au minimum :

  1. le prix du bien ;
  2. les droits et frais d’acquisition ;
  3. les frais éventuels de financement ;
  4. les travaux ou aménagements prévus après l’achat.

Et si le bien est destiné à la location ?

Il y a une dernière erreur fréquente : considérer que les frais d’achat sont les seuls éléments fiscaux à prendre en compte.

Si vous achetez un appartement pour le louer, votre réflexion doit aussi intégrer la fiscalité des revenus locatifs, ainsi que les charges de copropriété, l’entretien, les périodes éventuelles de vacance et les travaux.

Un appartement peut sembler rentable sur le papier avec un loyer de 8 000 DH par mois.

Mais si vous retirez les charges, la fiscalité, les périodes sans locataire et les dépenses d’entretien, le rendement réel peut être très différent.

Le bon calcul n’est donc pas le loyer brut. C’est le rendement net après les différents coûts.

En résumé : ne calculez jamais votre budget immobilier uniquement avec le prix affiché

Acheter un bien immobilier au Maroc demande de regarder au-delà du prix annoncé.

Pour un logement construit, les droits d’enregistrement représentent généralement 4 % du prix ou de la valeur retenue pour l’opération. La conservation foncière ajoute notamment 1,5 %, puis viennent les honoraires du notaire et les autres frais éventuels.

Pour un terrain nu, un local particulier ou une opération bénéficiant d’un régime spécifique, le calcul peut être différent.

C’est pourquoi la règle des « 6 à 7 % » peut servir de première enveloppe budgétaire, mais jamais de décompte définitif.

Le meilleur réflexe reste finalement très simple :

avant de signer, demandez combien vous devrez réellement payer.

Un bon achat immobilier ne commence pas seulement par trouver le bon appartement au bon prix. Il commence par connaître le coût total de l’opération.

Avant de signer, faites vos comptes jusqu’au dernier dirham

Prenez le prix du bien, ajoutez les droits d’enregistrement, la conservation foncière, les honoraires et frais du notaire, puis intégrez les éventuels coûts de financement et les travaux.

Ensuite seulement, demandez-vous si le projet reste confortable pour votre budget.

Parce qu’en immobilier, la mauvaise surprise la plus chère est souvent celle qu’on aurait pu prévoir.

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